Edition : Pocket
Format poche
Parution : 06/01/2009
384 pages
Résumé : « Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place
! Je donnerais tous, tout pour qu'il en soit ainsi. [...] Je donnerais mon âme
! »
Mon avis : Une très bonne découverte.
Le roman est intriguant et agréable à lire.
Je tiens à noter que, pour
faire une critique de ce genre de roman, on est parfois un peu obliger
d’expliquer ce qui se passe pour pouvoir l’analyser. Je mets donc en garde
contre d’éventuels spoilers (même si je vais faire au mieux pour ne pas
raconter le déroulement de l’histoire).
L’histoire se déclenche à
partir du portrait peint par Basil, un ami de Dorian Gray. Ce-dernier, jaloux
de l’éternel beauté de son portrait fait le vœu d’échanger sa condition avec le
portrait : il souhaite ne pas vieillir et que ce soit son portrait qui
vieillisse. Sa rencontre avec Henry va lui ouvrir la porte à toutes les
tentations : il est beau, il est jeune et désire alors en profiter au
maximum.
Ici, le portrait est en quelque
sorte le personnage principal, le moteur de l’histoire. Sans lui, Dorian ne se
serait pas autant révélé et serait resté un homme de la haute société parmi
d’autres.
Il y a trois personnages qui
forment un trio :
-Basil : le peintre
inspiré par la beauté de Dorian mais qui reste assez renfermé, ne s’ouvre pas
aux mêmes plaisirs que ces amis. C’est un peu la voix de la raison mais qui ne
profite pas de la vie.
-Henry : l’ami source
de toutes les tentations. C’est lui qui initie Dorian au théâtre, au club, aux
soirées… Il a une vision particulière du beau, la seule chose intéressante dans
la vie, et déteste la routine.
-Dorian : jeune et
riche personnage qui va se laisser tenter par les joies de la vie, profitant de
sa beauté.
Une première question se
pose : qu’est-ce que le beau ? On sent que l’auteur est fasciné par
cette question.
Il met aussi en avant une
interrogation sur ce qui est moral et ce qui est mal en confrontant les trois
personnages. Ceux-ci n’ont pas la même notion de la limite entre bien et mal.
Par exemple, Henry juge la réputation de Dorian comme bonne, car il est
considéré comme éternellement beau et surtout pas ennuyant. A l’inverse, Basil
met souvent en garde Dorian à propos de certains de ses comportements qui sont
parfois égoïstes et tout et qui abîme son âme
La troisième interrogation
est la suivante : est-ce que demander à être éternellement beau signifie
que l’on doit pactiser avec le diable ? Depuis son vœu, Dorian Gray voit
son âme se noircir à travers son portrait à cause des torts qu’il commet.
Il y a un aspect fantastique
dans ce roman : le portrait semble avoir une vie, il évolue à mesure du
temps, mais seuls Dorian et Basil voient sa dégradation, donc on peut se
demander ce qu’il en est de cette frontière entre réel et fantastique, ou
est-ce que les personnages n’imaginent pas ce portrait à cause des remords
qu’ils éprouvent. Basil regrette d’avoir peint ce portrait et Dorian accuse le
portait d’être la cause de la dégradation de son âme.
J’aime beaucoup la dimension
fantastique dans la littérature anglaise du 19e siècle. Par exemple,
on la retrouve dans Frankenstein de
Mary Shelley (1818) et L’étrange cas du
docteur Jekyll et de M. Hyde R.L. Stevenson (1886). Cela apporte une
nouvelle dimension à un roman qui fait qu’on a toujours pleins d’interrogations
dans la lecture sans réponse, ce qui nous pousse à réfléchir.
Le roman se lit très
facilement et très rapidement : il de fait que 250 pages environ et on
n’est pas jamais par trop de références culturelles. D’ailleurs, celles-ci sont
surtout des références théâtrales ou mythologiques dans lesquelles les
personnages retrouvent les codes du beau.
De plus, le style de
l’auteur est original : il ne s’embarrasse pas de longues descriptions,
les personnages se connaissent déjà. Tout commence avec le portrait même si on
ne le voit quasiment jamais et tout ce dont on doit savoir des personnages en
découle.
Pour conclure, c’est une
très bonne lecture, très intéressante et qui pose quelques pistes de
réflexions. Il brouille la frontière entre réalité et fantastique ce qui
renforce les interrogations de l’histoire. Un roman à découvrir !